Vous saurez tout sur les éléphants ! »

Les éléphants dans l’Art

Quelques textes à connaître sur la condition éléphantesque

Les fables de la Fontaine avec un éléphant

Elles sont au nombre de deux : L’Eléphant et le Singe de Jupiter et Le Rat et l’Eléphant. Dans la première, l’éléphant incarne un être vaniteux et peu soucieux d’autre chose que de ses propres affaires, et qui, bien sûr, se retrouve ridicule par son excès d’orgueil. Au contraire, dans la seconde, l’éléphant apparaît comme une référence en matière de noblesse et d’intérêt, et dont l’orgueilleux rat n’appréciera qu'un peu tard la justesse… En somme, deux visions très différentes de l’éléphant, qui en font toujours un animal un peu distant du lecteur (trop plongé dans son propre monde ou bien inaccessible)… Même si l’éléphant est encore considéré dans nos sociétés comme exotique (son habitat nous paraît toujours lointain), il est peu probable qu'un tel symbolisme s'applique encore de manière efficace à l’heure actuelle aux éléphants !

L’Eléphant et le Singe de Jupiter

Autrefois l’éléphant et le rhinocéros,
En dispute du pas et des droits de l’empire,
Voulurent terminer la querelle en champs clos.
Le jour en était pris, quand quelqu'un vint leur dire
Que le singe de Jupiter,
Portant un caducée, avait paru dans l’air.
Ce singe avait nom Gille, à ce que dit l’hitoire.
Aussitôt l’éléphant de croire
Qu'en qualité d’ambassadeur
Il venait trouver sa Grandeur.
Tout fier de ce sujet de gloire,
Il attend maître Gille, et le trouve un peu lent
A lui présenter a créance.
Maître Gille enfin, en passant,
Va saluer son Excellence.
L’autre était préparé sur la légation:
Mais pas un mot. L’attention
Qu'il croyait que les dieux eussent à sa querelle
n’agitait pas encor chez eux cette nouvelle.
Qu'importe à ceux du firmament
Qu'on soit mouche ou bien éléphant?
Il se vit donc réduit à commencer lui-même:
" Mon cousin Jupiter, dit-il, verra dans peu
Un assez beau combat, de son trône suprême
Toute sa cour verra beau jeu.
- Quel combat?" dit le singe avec un front sévère.
L’éléphant repartit: " Quoi? vous ne savez pas
Que le rhinocéros me dispute le pas,
Qu'Eléphantide a guerre avecque Rhinocère.
Vous connaissez ces lieux, ils ont quelque renom.
- Vraiment je suis ravi d’en apprendre le nom,
Repartit Maître Gille: on ne s'entretient guère
De semblables sujets dans nos vastes lambris."
L’éléphant, honteux et surpris,
Lui dit:" Et parmi nous que venez-vous donc faire?
- Partager un brin d’herbe entre quelques fourmis:
Nous avons soin de tout. Et quant à votre affaire,
On n’en dit rien encor dans le conseil des dieux:
Les petits et les grands sont égaux à leurs yeux."

Le Rat et l’Eléphant

Se croire un personnage est fort commun en France:
On y fait l’homme d’importance,
Et l’on n’est souvent qu'un bourgeois.
C'est proprement le mal françois:
La sotte vanité nous est particulière.
Les espagnols sont vains, mais d’une autre manière:
Leur orgueil me semble, en un mot,
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre,
Qui, sans doute, en vaut bien un autre.
Un rat des plus petits voyait un éléphant
Des plus gros et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage,
Qui marchait à gros équipage.
Sur l’animal à triple étage
Une sultane de renom,
Son chien, son chat et sa guenon,
Son perroquet, sa vieille et toute sa maison,
S'en allait en pèlerinage.
Le rat s'étonnait que les gens
Fussent touchés de voir cette pesante masse:
"Comme si d’occuper ou plus ou moins de place
Nous rendait, disait-il, plus ou moins important!
Mais qu'admirez-vous tant en lui, vous autres hommes?
Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants?
Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D’un grain moins que les éléphants."
Il en aurait dit davantage;
Mais le chat, sortant de sa cage,
Lui fit voir en moins d’un instant
Qu'un rat n’est pas un éléphant.

Le texte de B. Brecht !

Le texte qui suit devrait être la référence littéraire absolue pour tous les amateurs d’éléphants : certainement le meilleur texte pour comprendre la passion que l’on peut avoir pour cet animal !

L’animal favori de Monsieur K

Lorsqu'on demanda à Monsieur K. quel animal il préférait, il nomma l’éléphant et donna les raisons suivantes : l’éléphant unit la ruse à la force. Il ne s'agit pas de cette ruse misérable qui suffit pour échapper à une poursuite ou pour attraper de quoi manger sans se faire remarquer, mais de la ruse ayant pour de grandes entreprises la force à sa disposition. Large est la piste qu'il ouvre sur son passage. Et pourtant, il a un bon naturel, il comprend la plaisanterie. Il est bon ami comme il est bon ennemi. Très grand et très lourd, il est aussi très rapide. Sa trompe procure à un corps énorme jusqu'aux plus petites nourritures, jusqu'aux noix. Ses oreilles sont mobiles : il n’entend que ce qui lui convient. Il vit très vieux. Il est également sociable, et pas avec les seuls éléphants. Partout il est non seulement aimé, mais craint. Un certain comique fait qu'il lui est même possible d’être vénéré. Il a une peau épaisse, contre laquelle se brisent les couteaux, mais son cœur est tendre. Il peut devenir triste. Il peut se mettre en colère. Il aime danser. Il meurt au plus épais des bois. Il aime les enfants et les autres animaux de petite taille. Il est gris et ne se fait remarquer que par sa masse. Il n’est pas bon à manger. Il est capable de bien travailler. Il aime boire et devient gai. Il fait quelque chose pour l’art : il fournit l’ivoire.