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The Long Summer, Chroniques du ciel et de la vie

Le 14 avril 2005

J'ai récemment fini la lecture de The Long Summer: How Climate Changed Civilization de Brian Fagan et de Chroniques du ciel et de la vie, Hubert Reeves. Ces deux ouvrages abordent sous des formats très différents (un essai de vulgarisation scientifique d'une part, un rassemblement de chroniques radiophoniques d'autre part) des sujets qui se recoupent et se complètent... J'en retiendrai que:

  • les changements de climat ont lancé, motivé et stoppé la plupart des grandes civilisations tout autour du monde ; bien qu'il soit difficile d'en déduire si cela s'appliquera aussi à la civilisation moderne, il est certain que la question mérite d'être considérée ;
  • le Jet Stream, le courant d'eau chaude qui part des côtes Nord Américaines pour réchauffer celles de l'Europe, a déjà été ralenti ou interrompu dans le passé, essentiellement du fait de la fonte d'importantes quantités de glace ; autrement dit, le "réchauffement de la planète" (qu'il soit d'origine humaine ou non) a de bonnes chances de conduire à un âge de glace en Europe ;
  • il est fascinant de voir comment des événements d'ordre astronomique (par exemple, l'angle d'exposition de la Terre par rapport au Soleil) a des conséquences directes sur les échanges thermiques entre l'atmosphère et les océans, qui eux-mêmes à plus ou moins courts termes deviennent des éléments marquants de l'histoire humaine. L'Histoire retient souvent l'influence de quelques personnalités, mais ne mentionne que rarement celle plus éloignée des aléas de l'orbite terrestre ; une forme de plus d'anthropocentrisme ?
  • les civilisations qui ont été chamboulées par les changements climatiques l'ont été du fait de leur situation par rapport à une limite environnementale d'utilisation des ressources ; autrement dit, les civilisations tendent à vivre à un niveau d'exploitation maximale de leurs ressources sur laquelle s'assoie les pouvoirs en place, et si celles-ci viennent à diminuer du fait de changements climatiques brutaux, ces civilisations s'effondrent dans un processus spiral dans lequel le manque de ressources fait choir les pouvoirs en place (du fait d'une instabilité sociale), chute qui entraîne la réduction de la disponibilité des ressources, etc. ;
  • l'espèce humaine est un cas rare (unique ?) parmi les grands mammifères dans sa capacité à vivre en grande concentration d'individus ;
  • le régime végétarien, en terme énergétique, est nettement plus efficace que le régime carnivore, en ce qu'il faut l'équivalent de cent fois plus d'énergie solaire (la source de la très grande majorité de l'énergie sur Terre sous toutes ses formes) pour obtenir une quantité de calories en viande qu'il n'en faut pour cette même quantité en végétaux ; en particulier, la consommation en viande actuelle des pays riches demanderait une énergie solaire supérieure à celle reçue sur Terre si elle devait s'appliquer à la population humaine mondiale actuelle ; le futur de l'humanité est-il végétarien ?
  • l'intelligence et la vie sont-elles en fin de compte incompatibles ? Le physicien Enrico Fermi, constatant à quel point l'espèce humaine est proche (en temps géologiques) d'accomplir des voyages interplanétaires et interstellaires, mais constatant aussi qu'aucune forme de vie extraterrestre n'a encore pris contact avec l'espèce humaine, s'interroge si cela est le résultat de l'absence de vie extraterrestre (possible, mais fortement anthropocentrique) ou le fait qu'aucune espèce ayant atteint le développement nécessaire à la mise en place de technologies nécessaires aux voyages interstellaires n'a survécu assez longtemps pour les mettre en oeuvre ; autrement dit, que l'intelligence en question s'accompagne de risques d'auto-destruction élevés