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22 May 2004

Globalia

Mon voyage outre-atlantique récent m’a permis de finir Globalia, roman d’anticipation de Jean-Christophe Rufin, dans la lignée de 1984 et du Meilleur des Mondes.

Le livre souffre de quelques faiblesses stylistiques et narratives, mais l’impression d’ensemble qu’il me laisse reste essentiellement positive : l’ironie parfois un peu poussée des situations sert heureusement une analyse pointue - et féroce - des systèmes démocratiques modernes, posant de façon assez convaincante nombre de questions sur les méthodes de viabilité de la démocratie, ses collusions intimes et inquiétantes avec le capitalisme, et de manière plus large, sur les limites et tentations du bonheur individuel.

Position particulièrement intéressante, l’horreur asphyxiante que dégage le monde tel qu’il est décrit, n’est pas le résultat d’une oligarchie despotique, mais bien celui d’une démocratie totale, soucieuse d’écologie et de droits fondamentaux.

Enfin, l’auteur ouvre en postface un sujet de réflexion qui rejoint celles posées par l’Occident et les autres : les systèmes démocratiques qui se justifient dans leurs idéaux moraux de défense du plus faible, n’en sont pas moins des entités systémiques qui rejettent, voir anéantissent les entités autres ; la démocratie, toujours présentée comme “mise en danger” ci et là, n’est elle pas son propre pire ennemi ?

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Posté à 05:16

30 April 2004

Mème tu ?

Le jeu du moment qui parcourt la blogosphère consiste à poster la cinquième phrase de la page 23 du livre le plus proche (cf. Tim Bray) ; ainsi donc:

Pourquoi ce comportement ambigu, ni liquide, ni solide, de tous ces matériaux granulaires, qu’ils soient faits de farine, de sable ou de petits cailloux ?

Des atomes dans mon café crème : La physique peut-elle tout expliquer ?, Pablo Jensen

J’aurais pu tomber plus mal…

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Posté à 06:07

22 March 2004

Cerveau droit, cerveau gauche

Lucien Israël, dans Cerveau droit, cerveau gauche, s’attache à montrer comment la répartition des tâches entre les deux hémisphères du cerveau, et de manière plus générale, la différence d’approches entre ceux-ci (analytique pour l’hémisphère gauche, synthétique pour le droit) influe sur la manière d’être des individus, mais surtout, sur les différentes cultures et civilisations.

Si le propos de cet essai est intéressant, et si les ponts que l’auteur tente de dresser entre la sociologie et la neurologie méritent d’être mis en place, les prises de position répétées d’ordre esthétique ou politique, non-justifiées et noyées au milieu d’un discours qui se veut scientifique nuisent grandement à la crédibilité de l’ensemble : que l’auteur n’aime ni le rock, ni le rap, et que sa vision du monde soit conservatrice et traditionaliste ne mérite certainement pas d’être mélangé aux faits neurologiques établis, et encore moins d’être justifié par des conjectures douteuses.

En somme, la lecture de l’ouvrage a plus de valeurs pour les questions qu’il pose (comme celles posées par la thèse de Julian Jaynes) que par les réponses qu’il apporte, dont on ferait finalement agréablement l’épargne.

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Posté à 09:01

7 December 2003

L’Occident et les autres, Sophie Bessis

L’Occident et les autres, de Sophie Bessis, est une brillante démonstration des interactions faussées entre l’Occident et le reste du monde, interactions analysées de manière systématique depuis la Renaissance, époque (selon l’auteur) à laquelle l’Occident aurait commencé à imposer sa suprématie, sous des couverts civilisateurs.

L’approche historique et contemporaine de cette analyse, écrite avant le 11 septembre 2001, la guerre en Afghanistan et la guerre contre l’Irak, éclaire d’une lumière perçante les enjeux plus généraux de ces événements, sans tomber dans la facilité des théories de complots ou des guerres de civilisation. À lire sans hésitation.

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Posté à 07:21

15 July 2003

Ecrire ou publier ?

Une question me taraude souvent : si ces pages sont avant tout une réponse à un désir (platonique) d’écriture, quel besoin me pousse à les publier sur le Web ? (ça ne sortira pas d’Internet !).

D’autres se la posent ; le lectorat virtuel impose certaines contraintes, positives (une certaine attention portée à l’écriture, un certain désir de plaire), mais aussi négatives (une nécessaire auto-censure). Pennac nous livre sa vision de la question:

On écrit pour en finir avec soi-même mais dans le désir d’être lu, pas moyen d’échapper à cette contradiction. C’est comme si on se noyait en criant : “Regarde, maman, je nage !” Ceux qui hurlent le plus fort à l’authenticité se jettent du quinzième étage, en faisant le saut de l’ange : “Voyez, je ne suis que moi !” Quant à prétendre écrire sans vouloir qu’on vous lise (tenir un journal intime par exemple), c’est pousser jusqu’au ridicule le rêve d’être à la fois l’auteur et le lecteur.

Le dictateur et le hamac, D. Pennac

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Posté à 07:50