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12 December 2005

On Intelligence de Jeff Hawkins

Couverture de 'On Intelligence'

J’ai fini il y a quelques semaines la lecture de On Intelligence de Jeff Hawkins, dans lequel celui développe une théorie passionnante du cerveau, et plus particulièrement, détaillant le mécanisme suivant lequel le néo-cortex fait naître l’intelligence.

Pour résumer en quelques mots la dite théorie, le néo-cortex serait essentiellement un organe d’identification de motifs : chaque zone de neurones réagirait de manière particulière à une un motif donné ; ces réactions seraient liées hiérarchiquement, de sorte que les régions en contact direct avec les sens identifieraient des motifs de base, les régions “au-dessus”, des motifs de motifs, et ainsi de suite. Cette succession de motifs permettraient l’établissement d’un certain nombres d’invariants, qui eux-même constitueraient notre représentation interne du monde, base de notre intelligence en ce qu’elle nous permet de faire des prédictions (de plus ou moins grande ampleur) sur le monde. Parallèlement, l’auteur met en exergue que nos aptitudes motrices sont elles-aussi le résultat d’un apprentissage de motifs de mouvements, que nous assemblons hiérarchiquement lorsque nous développons de nouvelles capacités motrices.

Il insiste aussi fortement sur la mis-caractérisation de l’intelligence comme étant une capacité à obtenir des résultats (des preuves d’intelligence) qui serait, selon lui, à l’origine des limites de l’intelligence artificielle telle qu’elle fut développée au cours des années 1980. Selon l’auteur, l’intelligence est avant tout une capacité de mémorisation évoluée et complexe.

La théorie proposée et les perspectives de machines intelligences qu’elle offre sont tout à fait fascinantes, et le style de l’auteur rend le sujet relativement facile d’accès, le tout faisant de ce livre l’un des meilleurs essais scientifiques que j’ai lus.

Elle soulève quelques questions sur notre rapport au monde et à la réalité:

  • Einstein s’étonnait de ce que l’univers soit intelligible: L’éternel mystère du monde est son intelligibilité ; mais finalement, un univers non intelligible serait un univers dans lequel aucun motif ne serait détectable, et dans lequel finalement, on peut estimer que l’intelligence (voire la vie) ne pourrait se développer. Autrement dit, l’intelligibilité de l’univers et l’existence d’une intelligence dans l’Univers sont intimement liés, au moins en ce que le second ne peut exister sans le premier
  • si le cerveau s’organise autour d’une hiérarchie de motifs pour former autant de niveaux d’invariance, est-ce que la conscience elle-même n’est pas l’invariant au sommet de cette hiérarchie ? Une des caractéristiques principales de la conscience est sa continuité temporelle - on reste conscient d’être soi, même si l’on change d’avis, d’environnement ou même de visage : un invariant qui englobe les motifs qui constituent le soi.
  • si le cerveau fonctionne sur un modèle de prédictions fondées sur les expériences du passé, cela implique un modèle extrêmement conservateur de l’être humain dans son rapport au monde ; le progressisme ne serait alors qu’une forme particulière de conservatisme à grande échelle. Autrement dit, on a rien inventé…

(Le livre est complété par un site web permettant de suivre les évolutions de la dite théorie et ses confrontations à l’expérience).

15 April 2005

The Long Summer, Chroniques du ciel et de la vie

J’ai récemment fini la lecture de The Long Summer: How Climate Changed Civilization de Brian Fagan et de Chroniques du ciel et de la vie, Hubert Reeves. Ces deux ouvrages abordent sous des formats très différents (un essai de vulgarisation scientifique d’une part, un rassemblement de chroniques radiophoniques d’autre part) des sujets qui se recoupent et se complètent… J’en retiendrai que:

  • les changements de climat ont lancé, motivé et stoppé la plupart des grandes civilisations tout autour du monde ; bien qu’il soit difficile d’en déduire si cela s’appliquera aussi à la civilisation moderne, il est certain que la question mérite d’être considérée ;
  • le Jet Stream, le courant d’eau chaude qui part des côtes Nord Américaines pour réchauffer celles de l’Europe, a déjà été ralenti ou interrompu dans le passé, essentiellement du fait de la fonte d’importantes quantités de glace ; autrement dit, le “réchauffement de la planète” (qu’il soit d’origine humaine ou non) a de bonnes chances de conduire à un âge de glace en Europe ;
  • il est fascinant de voir comment des événements d’ordre astronomique (par exemple, l’angle d’exposition de la Terre par rapport au Soleil) a des conséquences directes sur les échanges thermiques entre l’atmosphère et les océans, qui eux-mêmes à plus ou moins courts termes deviennent des éléments marquants de l’histoire humaine. L’Histoire retient souvent l’influence de quelques personnalités, mais ne mentionne que rarement celle plus éloignée des aléas de l’orbite terrestre ; une forme de plus d’anthropocentrisme ?
  • les civilisations qui ont été chamboulées par les changements climatiques l’ont été du fait de leur situation par rapport à une limite environnementale d’utilisation des ressources ; autrement dit, les civilisations tendent à vivre à un niveau d’exploitation maximale de leurs ressources sur laquelle s’assoie les pouvoirs en place, et si celles-ci viennent à diminuer du fait de changements climatiques brutaux, ces civilisations s’effondrent dans un processus spiral dans lequel le manque de ressources fait choir les pouvoirs en place (du fait d’une instabilité sociale), chute qui entraîne la réduction de la disponibilité des ressources, etc. ;
  • l’espèce humaine est un cas rare (unique ?) parmi les grands mammifères dans sa capacité à vivre en grande concentration d’individus ;
  • le régime végétarien, en terme énergétique, est nettement plus efficace que le régime carnivore, en ce qu’il faut l’équivalent de cent fois plus d’énergie solaire (la source de la très grande majorité de l’énergie sur Terre sous toutes ses formes) pour obtenir une quantité de calories en viande qu’il n’en faut pour cette même quantité en végétaux ; en particulier, la consommation en viande actuelle des pays riches demanderait une énergie solaire supérieure à celle reçue sur Terre si elle devait s’appliquer à la population humaine mondiale actuelle ; le futur de l’humanité est-il végétarien ?
  • l’intelligence et la vie sont-elles en fin de compte incompatibles ? Le physicien Enrico Fermi, constatant à quel point l’espèce humaine est proche (en temps géologiques) d’accomplir des voyages interplanétaires et interstellaires, mais constatant aussi qu’aucune forme de vie extraterrestre n’a encore pris contact avec l’espèce humaine, s’interroge si cela est le résultat de l’absence de vie extraterrestre (possible, mais fortement anthropocentrique) ou le fait qu’aucune espèce ayant atteint le développement nécessaire à la mise en place de technologies nécessaires aux voyages interstellaires n’a survécu assez longtemps pour les mettre en oeuvre ; autrement dit, que l’intelligence en question s’accompagne de risques d’auto-destruction élevés

18 November 2004

Plus vaste que le ciel

Je ne saurais recommander Plus vaste que le ciel : Une nouvelle théorie générale du cerveau de Gerald Edelman comme livre de chevet ; tout d’abord, les sujets qu’il aborde sont souvent d’une complexité qui dépasse la capacité d’attention qu’un individu mentalement sain a à sa disposition lorsqu’il s’approche de son chevet ; ensuite, parce que la traduction française de l’ouvrage est tout à fait abominable.

Cependant, une fois ces “petits” inconvénients laissés de côté, la lecture du dit ouvrage se révèle fort intéressante en ce qu’il tente d’établir comment un phénomène aussi difficile à décrire que la conscience humaine pourrait s’expliquer comme résultante de l’activité neurale du cerveau ; l’auteur met quelque peu en perspective cette théorie par rapport aux débats philosophiques rattachés à cette question (existence de l’âme, déterminisme de la volonté humaine, notion de soi, représentation de l’inconscient), mais essaye avant tout d’expliquer en terme systémique - c’est-à-dire en terme d’interactions de systèmes - comment la conscience ne pourrait être, en fin de compte, qu’un épiphénomène de l’activité cérébrale, l’illusion de continuité créée par la somme des perceptions ressenties modulées par la somme des informations mémorisées.

Je ne puis certes pas prétendre avoir compris l’ensemble des théories évoquées, et il est certain que la dite théorie (reposant entre autres choses sur un évolutionisme de type darwinien à l’intérieur même du cerveau au cours de son développement) doit encore faire ses preuves ; mais le peu qui a pu en transparaître est définitvement passionnant (et certes, difficile à résumer), et riche en questionnement sur cet étrange chose que l’on appelle moi…

10 July 2004

Des atomes dans mon café crème

C’est dans les recoins d’une libraire, il y a quelques mois, que j’ai constaté n’avoir plus lu de livres de vulgarisation scientifique depuis plusieurs années, alors même que je les dévorais avec passion auparavant, et ce bien que ma curiosité pour les domaines en question ne se soit guère émoussée, et tout au plus ait été mise en balance avec ceux de domaines forts différents.

Après le résultat mitigé de mon dernier essai en la matière (Cerveau droit, Cerveau gauche), la lecture de Des atomes dans mon café crème : La physique peut-elle tout expliquer ?, de Pablo Jensen, m’a définitivement réconcilié avec le genre.

Celui-ci, en effet, derrière une couverture alléchante de cappuccino, cumule le mérite de rendre intéressant la physique des matériaux, dont mes études en école d’ingénieur me laissaient un souvenir peu flatteur, mais en plus, de la mettre en perspective sous différents angles.

Une approche historique, tout d’abord, classique de la vulgarisation scientifique, mais qui aide certainement à effacer les souvenirs d’enseignements magistraux, où les “lois” de la physique sont assénées comme vérités incontournables - malgré leurs fondements mathématiques toujours vacillants à mes yeux.

Un regard pragmatique ensuite, qui replace la physique dans ses applications concrètes, et surtout dans son absence d’explications de bien des aspects de la réalité - le livre est sous titré La physique peut-elle tout expliquer ?.

Un questionnement épistémologique enfin, dans lequel l’auteur interroge la validité de la démarche des physiciens, et met en avant la limitation de la connaissance accessible et les dangers du réductionnisme: le cacao saupoudré sur le cappuccino de la couverture.

16 June 2004

La vie heureuse, Nina Bouraoui

Profitant une fois de plus des longues heures d’avion d’un voyage outre-atlantique, j’ai fini récemment, avec grand plaisir, la lecture de La Vie heureuse de Nina Bouraoui.

L’aller-retour permanent entre les deux saisons d’une année de l’adolescence de la narratrice est un peu déconcertant au premier abord, et la rythme lent de l’histoire n’est pas forcément très accrocheur dans les premières pages. Mais une fois passées ces premières difficultés, la justesse des sentiments exprimés, la recherche stylistique qui en transmet toutes les subtilités, le travail sur la dualité temporelle l’emportent ; il en ressort un mélange d’odeur de neige et de mer, de cendres et de sueurs, teintée d’une amertume savoureuse.

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Dominique Hazaël-Massieux
dominique.hazael-massieux@centraliens.net
Dernière modification : le 2 Octobre 2003

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