» 2004 » May » 22

22 May 2004

Globalia

Mon voyage outre-atlantique récent m’a permis de finir Globalia, roman d’anticipation de Jean-Christophe Rufin, dans la lignée de 1984 et du Meilleur des Mondes.

Le livre souffre de quelques faiblesses stylistiques et narratives, mais l’impression d’ensemble qu’il me laisse reste essentiellement positive : l’ironie parfois un peu poussée des situations sert heureusement une analyse pointue – et féroce – des systèmes démocratiques modernes, posant de façon assez convaincante nombre de questions sur les méthodes de viabilité de la démocratie, ses collusions intimes et inquiétantes avec le capitalisme, et de manière plus large, sur les limites et tentations du bonheur individuel.

Position particulièrement intéressante, l’horreur asphyxiante que dégage le monde tel qu’il est décrit, n’est pas le résultat d’une oligarchie despotique, mais bien celui d’une démocratie totale, soucieuse d’écologie et de droits fondamentaux.

Enfin, l’auteur ouvre en postface un sujet de réflexion qui rejoint celles posées par l’Occident et les autres : les systèmes démocratiques qui se justifient dans leurs idéaux moraux de défense du plus faible, n’en sont pas moins des entités systémiques qui rejettent, voir anéantissent les entités autres ; la démocratie, toujours présentée comme “mise en danger” ci et là, n’est elle pas son propre pire ennemi ?

Référence

Posté à 05:16

Desseins de dessins

Le neurone d’Olivier sur son expérience récente du dessin résonne avec une expérience personnelle similaire, il y a un an, en Crète ; découverte majeure, s’il en est : certes, je suis nul en dessin, je ne l’ai jamais ignoré ; mais dessiner peut malgré tout m’être une source de plaisir !

Et ce plaisir ne tient pas tant au résultat obtenu – trop souvent pauvre du fait d’un manque d’éducation graphique, qui, s’il n’était pas si répandu, serait équivalent à l’illétrisme – qu’à la façon dont il est obtenu : ces longs moments d’observation, d’interrogation, de correction, de méditation qui pavent le chemin du dessin sont au coeur même du plaisir qui s’en dégage.

En somme, tout comme la dégustation de vin ne saurait se réduire à la possible ivresse qui en découle, mais au contraire s’épanouit dans les rituels sensitifs qui la précèdent (selon la méthode classique d’analyses visuelle, olfactive puis gustative), dessiner est surtout une occasion unique de titiller la rétine, de savourer du regard.

(d’ailleurs, dessiner, c’est surtout apprendre à regarder)

Référence

Posté à 04:54